Sagesse, suspense, folie meurtrière et vache folle

Un texte de Richard Raymond

Photo : François Hogue ®

Photo : François Hogue ®

Dans cette chronique, je présente quatre livres on ne peut plus différents les uns des autres. Et pourtant, chacun est passionnant. À condition de se passionner pour le sujet qui y est traité.

Le premier ouvrage se veut un livre de réflexion proposé par trois sages de notre temps. Le second, le récit du cauchemar vécu par une adolescente.

Le troisième raconte aussi un cauchemar, fictif celui-ci, mais tout aussi terrifiant que les mémoires de l’adolescente. Enfin, le dernier livre est un roman cocasse et rocambolesque. On rit beaucoup à la lecture.

Trois amis en quête de sagesse

a-amisChristophe André est psychiatre ; Alexandre Jollien, philosophe et Matthieu Ricard, moine bouddhiste. Chacun semble très différent des deux autres. Pourtant ils ne le sont pas autant qu’il y paraît. Ils sont amis.

Pendant deux ou trois ans, ils ont rêvé d’écrire un livre ensemble pour apporter des réponses aux questions que tous nous nous posons sur la conduite de notre existence. Pour ce faire, ils se sont réunis une quinzaine de jours à l’écart du monde. Et ils ont discuté et ils se sont baladés.

Car ils pensaient que leurs métiers si différents permettraient un croisement de points de vue sur les grands sujets qui intéressent l’être humain.

Ils ne prétendent pas être des modèles. La grande, la seule, question pour eux, Christophe la résume ainsi : « Qu’est-ce que je peux faire pour les autres ? maintenant ? aujourd’hui? »

La première question qu’ils posent est celle des aspirations les plus profondes des êtres humains. Les réponses ne sont pas simples et ne se résument pas en une phrase. Mais elles fascinent.

Le trio interroge ensuite l’ego. Est-ce un ami ou un imposteur ? Encore une fois, la complexité des réponses ne se résume pas.

Les émotions, l’écoute, le corps, la souffrance sont autant de thèmes discutés, comme le sont la cohérence, l’altruisme, la simplicité, la culpabilité et la vraie liberté. Finalement, la pratique quotidienne pour que la vie devienne un terrain d’expérience.

Une remarquable photo en noir et blanc du trio, prise de face, ouvre le livre ; une autre, prise de dos, le ferme. Trois amis, parce que trois hommes qui ont laissé tomber toute vanité et travaillent plus que la main dans la main, l’esprit dans l’esprit.

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Trois amis en quête de sagesse

Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard

L’Iconoclase et Allary Éditions, Paris, 2016, 489 pages

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Enlevée par Boko Haram

a-enlevéeEn 2014, Assiatou a quatorze ans. Elle fréquente une école secondaire de sa ville, Damasak, dans le nord-est du Nigeria. C’est une élève brillante.

Elle suit les méfaits de Boko Haram sur Internet depuis que les intégristes ont fait leur entrée sur la scène médiatique en avril.

Le 24 novembre, sa vie bascule lorsque les terroristes font main basse sur Damasak. À neuf heures, des coups de feu retentissent. La mère d’Assiatou se précipite vers l’école de sa fille. Elle sait que les guerriers de Boko Haram sont venus enlever les jolies jeunes filles. La mère emmène sa fille chez sa sœur.

Son beau-frère est considéré comme l’un des sages du village. Les femmes y sont à l’abri pour la nuit.

En tentant de rejoindre le Niger, mère et fille tombent dans une embuscade : Boko Haram enlève 400 femmes et enfants de Damasak.

Assiatou est conduite dans une maison confisquée à ses propriétaires. Là, on la force à s’habiller comme une vraie musulmane, à étudier de manière intensive le Coran, à exécuter les travaux ménagers. Cette « éducation » durera trois semaines.

Après quoi, elle est livrée, comme les autres, à son « époux ». Il a l’âge de son père. Mariée de force, violée, l’adolescente ne songe qu’à fuir le plus loin possible de ce « criminel ».

Pourtant, elle s’efforce d’adopter un comportement exemplaire dans le but d’avoir la liberté de se balader avec trois amies, elles aussi prisonnières. L’occasion de s’évader de cette prison se présente. Les quatre adolescentes franchissent la frontière du Niger. Là, Assiatou retrouve sa famille et obtient le statut de réfugiée. Elle veut reprendre ses études. L’adolescente rêve de devenir une grande intellectuelle.

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Enlevée par Boko Haram

Assiatou et Mina Kaci

Éditions Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2016, 206 pages

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De force

a-de forceUn soir, à la nuit tombée, une jeune femme revient de faire une balade près de la rivière qu’elle aime tant. Elle s’appelle Maud et elle a vingt ans. Soudain, un homme l’aborde. Un homme qui a l’air de savoir beaucoup de choses sur elle.

L’homme est un colosse. Il l’agresse. Après l’avoir sauvagement frappée, il commence à la déshabiller. Un autre homme vient à son secours et l’agresseur prend la fuite. Son sauveur s’appelle Luc Garnier, il a 28 ans.

Le père de Maud, Armand Reynier est chirurgien. Il poursuit une carrière brillante. Pour parvenir au sommet, il a écarté tous les obstacles, triché, menti, profité de son statut, détourné de l’argent du fisc et même tué.

Les jours suivant l’agression de Maud, Armand Reynier reçoit des menaces. Il décide de faire appel à Luc pour assurer la protection de sa famille et la sienne propre.

Mais il a un point faible : sa fille.

Luc Garnier s’installe dans la villa des Reynier. Très vite il se rend compte que cette famille est hantée par le non-dit et un certain nombre de secrets. Les jours passent et la menace se précise. Pour réussir sa mission, Luc doit rapidement répondre à deux questions : qui en veut au Professeur Reynier et pourquoi ?

Il réalise que c’est l’agresseur de Maud Reynier. Pourquoi menace-t-il de recommencer ? Mais si ce n’était que ça. Le jeune homme ne comprend pas pourquoi le chirurgien refuse obstinément de prévenir la police.

Mais là où le lecteur croit aller n’est pas le but de Karine Giebel. L’auteure récompensée de polars a plus d’un tour dans son sac et nous avait en quelque sorte prévenu, dans le prologue, qu’elle nous mènerait en bateau.

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De force

Karine Giebel

Éditions Belfond, Paris, 2016, 522 pages

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Oh la vache !

a-vacheC’est une vache qui s’appelle Elsie. Elle pense, elle sent et plaisante. Comme tous les animaux de la création. Dès le premier paragraphe, Elsie se lance dans un festival de l’humour. Elle ne cesse de plaisanter. « Nous autres les vaches, vue qu’on nous envoie paître, on a largement le temps de ruminer. »

Jusqu’à il y a deux ans, elle menait une vie idyllique. Une vie peinarde dans le style traite-champ-dodo. C’était avant l’Événement. Une nuit, après la traite, tandis que l’aîné de la famille a laissé la porte ouverte, Elsie sort de l’étable. Des bruits et de la lumière l’attirent vers la maison de ferme. Et là, elle voit… elle voit… l’inimaginable bovin.

Ce qu’elle a vu change Elsie. Pendant les mois qui suivent, elle vit dans la brume. Elle a l’impression de se cogner la tête contre les murs. Jusqu’à ce qu’elle voit un reportage de Discovery Chanel, à la télévision, sur l’Inde et ses vaches sacrées.

Alors elle se dit qu’elle pourrait aller en Inde. Et ça devient une obsession. Elle se met en frais d’organiser son évasion vers l’Inde, avec un cochon qui veut s’arrêter en Israël et un dindon (turkey) dont le terminus est la Turquie (Turkey).

Et le voyage vers la grande ville commence. Les voici à l’aéroport après moult aventures urbaines. À cause d’une étourderie du dindon, les trois bêtes doivent prendre l’avion pour la Turquie.

Mais le dindon trouve le moyen d’emmener le cochon en Israël. Là, de nouvelles aventures les attendent en compagnie du « chameau » d’un grand cigarettier américain.

Finalement, le trio atterrira en Inde. Elsie découvre qu’elle est une reine. Une reine, peut-être, mais pas une déesse. Elle se rend compte, alors, que le Pays de Cocagne n’est pas nécessairement le Paradis.

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Oh la vache !

David Duchovny

Traduit de l’américain par Claro

Éditions Grasset, Paris, 2016, 205 pages

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