Lorsque, parvenu à un âge vénérable, l’être humain voit l’horizon de la mort se rapprocher, n’est-il pas tenté de s’abîmer dans la désillusion? Comme Faust, qui au soir de sa vie connaît le dégoût du monde. Le voici pétri de regrets.
« Quand je fais quelque chose, je m’arrange toujours pour ne pas avoir à le regretter sur mon lit de mort. » Étienne Dupuis, baryton
En entrevue avec RRarts.ca, le chanteur souligne que c’est la leçon à retenir de Faust, l’opéra de Charles Gounod.
Le mythe de l’éternelle jeunesse
Faust est un vieux savant qui souhaite en finir avec l’existence jusqu’à ce que le diable lui offre la possibilité de revenir en arrière. Ce personnage venu du fond des âges, et pourtant notre contemporain, sera en vedette du 19 au 26 mai à l’Opéra de Montréal.
Faustest un opéra unique dans le répertoire. Un ténor y a la chance d’interpréter le même personnage à deux époques différentes de sa vie. Vieillard au début du premier acte, il retrouve force et jeunesse pour les quatre suivants.
Dans la nouvelle production de l’Opéra de Montréal, ce n’est pas un mais deux ténors qui interpréteront le héros inspiré d’un conte allemand très populaire au XVIe siècle.
« C’est unique à l’Opéra de Montréal. C’est une première mondiale : ça ne s’est jamais fait. » Guy Bélanger, ténor
Le troisième opéra français le plus populaire
Pourtant, tous les théâtres lyriques du monde ont programmé Faust, depuis sa création en 1859. Cent quinze ans plus tard, l’œuvre avait été chantée 2350 fois. Mais, jamais comme il sera joué à Montréal. Et le ténor Guy Bélanger de rendre grâce au directeur artistique Michel Beaulac d’avoir accepté ce défi.
Il faut dire que toutes les conditions sont ici réunies pour faire de l’opéra de Gounod une réussite. Le vieux Faust sera interprété par Guy Bélanger et le jeune par Antoine, son fils. Non seulement le fils ressemble-t-il au père, qui plus est, il est ténor lui aussi.
« Il aurait pu être basse. Mais, par un hasard génétique, il est ténor lyrique comme je suis. » Guy Bélanger, ténor
Aussitôt, le fils enchaîne.
« Les astres sont alignés. »
Des astres alignés
Oui, les astres sont alignés, car le metteur en scène Alain Gauthier a eu l’heureuse idée de ne pas renvoyer Guy Bélanger en coulisse au terme du premier acte. Le ténor, qui fait ses débuts à l’Opéra de Montréal, reste en scène. Si le jeune Faust ne voit pas le vieux, par contre celui-ci voit la projection diabolique de sa jeunesse retrouvée.
« Je me vois jeune. » Guy Bélanger, ténor
La complicité de deux chanteurs
En entrevue avec les deux ténors Bélanger, j’ai pu constater la complicité qui unit le père et le fils, ou serait-ce Faust à lui-même à deux époques de sa vie. Au point qu’Antoine, le fils, ne cache pas sa joie ni ne boude son plaisir de chanter sur la même scène que son père. En avait-il le désir?
« Ah ben, oui! Mais ça, on n’y pense pas parce que ça ne se fait tellement pas souvent. C’est toujours agréable : faire le même personnage sur la même scène, interagir. »
Si son père fait ses débuts à l’Opéra de Montréal, ce n’est pas son cas.
L’équipe de rêve d’Étienne Dupuis
Avec le baryton Étienne Dupuis, Antoine a chanté dans les productions de Gianni Schicchi en 2009 et de La Bohème l’an dernier, sous la direction d’Alain Gauthier.
« C’est une belle équipe. C’est comme si on revenait à la maison. Ce n’est pas comme, c’est ça! » Antoine Bélanger, ténor
Étienne Dupuis la qualifie de « dream team », cette équipe, autant au niveau de la distribution que de la production. Le jeune baryton, qui connaît déjà un succès international, interprète Valentin, le frère de Marguerite.
« Sa grande force et sa grande faiblesse en même temps, c’est son amour pour sa sœur. C’est son petit trésor. » Étienne Dupuis, baryton
Pourtant, sachant qu’elle a eu un enfant de Faust, Valentin la maudit au moment de rendre son dernier souffle sous le coup d’épée porté par l’amant de Marguerite.
C’est une scène assez poignante.
Ce disant, Étienne Dupuis ne peut s’empêcher de rire. On sent le plaisir qu’il prend à chanter cette scène.
Ça devient presque du Verdi. L’accompagnement est très pesant, très lourd, et la phrase est très lyrique.
Des chanteurs sur la même longueur… d’onde
Puis, passant à la production conçue par Alain Gauthier et le décorateur Olivier Landreville, Étienne Dupuis reprend, à quelques mots près, les mêmes éloges qu’Antoine Bélanger.
« C’est magistral dans la simplicité. On reste beaucoup sur l’émotion des personnages. » Étienne Dupuis, baryton
Un décor épuré
Avant que débute la répétition à laquelle la presse avait été convié, le metteur en scène Alain Gauthier a indiqué qu’une bibliothèque monumentale composée de colonnes de plus de huit mètres et demi constitue le décor. Cette bibliothèque préfigure « un mur de connaissances » que symbolise Faust, selon le metteur en scène.
« On est plus dans l’évocation que dans l’anecdote. » Alain Gauthier, metteur en scène
Ce décor épuré, comme on en voit souvent dans les grandes maisons, ne plaira pas à tous les aficionados d’opéra. Parions qu’un certain critique ne pourra s’empêcher de se lamenter pour ne s’être pas retrouvé devant des pièces meublées comme au siècle passé. Ou même au XVIe siècle.
Quand la tradition veut étouffer la créativité…
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Faust opéra en cinq actes de Charles Gounod livret de Jules Barbier et Michel Carré mise en scène d’Alain Gauthier chef d’orchestre : Emmanuel Plasson avec Guy et Antoine Bélanger, Mary Dunleavy, Alexander Vinogradov, Étienne Dupuis et Noëlla Huet à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 19, 22, 24 et 26 mai 2012 à 19 heures 30__________________________________________________

