BD : que du plaisir!

BD rime avec rêver, se bidonner, voyager, aimer, se projeter, planer, rigoler, partager. Enfin, BD rime avec félicité. Du plaisir, que du plaisir! En voici cinq pour vous allécher et vous faire pourlécher les babines.

Le Grand Mort – 3. Blanche

Le plaisir de tout amateur de BD, donc du chroniqueur du neuvième art, c’est l’arrivée du dernier tome d’une série. Qu’on se le dise : le tome 3 de la série Le grand Mort, de Loisel, Djian et Mallié, est en librairie.

Pourquoi ce plaisir lié à la sortie d’un nouveau tome? Parce qu’à chaque fois, celui-ci force l’amateur à relire les tomes précédents. Pour se rappeler et pour voir où il en est. Et avoir du plaisir à retrouver personnages et situations.

Le tome 3 de la dernière série de Loisel, que plusieurs classent à juste titre parmi les plus grands bédéistes vivants, est intitulé Blanche. Blanche, la fille de Pauline, dont nous avions appris dans le deuxième tome qu’elle avait accouché après son retour du monde du petit peuple.

Erwan cherche Pauline dans un Paris délabré, frappé par la mondialisation, les délocalisations, le chômage, la violence et les attentats. Il fait la connaissance de Gaëlle, la meilleure copine de Pauline, qui ne l’a pas revue depuis son retour.

Retrouveront-ils Pauline qui semble les fuir? Et Blanche, qui est-elle exactement? Mystère. Le troisième tome finit sur l’annonce d’une nouvelle naissance. Qui est-ce? Mystère. Loisel et Djian savent nous tenir en haleine.

Le dessin de Mallié relève du réalisme schématique. Le dessinateur encadre souvent ses sujets par un premier plan, soit un cadre dans le cadre, soit un personnage ou un objet. Ce qui donne beaucoup de profondeur à son dessin. Parfois, même, les personnages, absents du cadre, continuent de dialoguer sans que nous perdions leur trace.

La richesse de la palette de François Lapierre étonne. Du vert au bleu, des marrons, des roux, des violets, des rouges. Les couleurs de Paris sont sales et celles de la Bretagne, éclatantes.
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Le Grand Mort – 3. Blanche
D’après une idée originale de Loisel
Scénario de Loisel et JB Djian
Dessin de Mallié
Couleur de Lapierre
Vent d’Ouest
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La bête du lac – Le Gardien

François Lapierre ne fait pas seulement la couleur des albums d’autres bédéistes. Il est lui-même scénariste et dessinateur à part entière.

Dans ce premier tome de La bête du lac, il poursuit une aventure entamée avec La mésaventure de Gédéon. Cette BD en six planches avait mérité une place dans l’album qui concluait le concours sur la pêche, organisé par Glénat Québec.

Cette fois, c’est Ovide, le frère jumeau de Gédéon, qui est aux prises avec la sirène du Lac-à-l’Ombre. Non, la bête du titre, la bête à la force prodigieuse, ce n’est pas elle.

Ovide réussit là où son frère a échoué. Il délivre la sirène des griffes de la bête monstrueuse. Or, la sirène se révèle une enjôleuse. Tout être humain, on le sait depuis Ulysse, doit rester sourd au chant des sirènes.

Comment le village réagira-t-il? Se laissera-t-il charmer? Et à quel prix? Quelle sera la conséquence du chant de la sirène?

Cette BD est truffée d’action et de mystère. Un affrontement garde le lecteur en haleine sur plusieurs planches. Les personnages du petit village de Lac-à-l’Ombre sont savoureux à souhait, par exemple Oriance avec ses interprétations psychanalytiques à l’emporte-pièce.

Patrick Boutin-Gagné travaille beaucoup avec les angles droits. Les doigts sont carrés ou rectangulaires, les visages, même jeunes et féminins, ont quelque chose de l’angle droit, les sourcils sont rectangulaires. Ce coup de crayon caractéristique font des villageois du Lac-à-l’Ombre des gaillards qui se portent fort bien.

De nombreuses scènes de l’album se déroulent la nuit, d’autres, le jour. Aussi François Lapierre exploite-t-il une splendide palette de bleus, du bleu-nuit au bleu vert en passant par des bleus gris, l’indigo et le cobalt.
Une légende est en train de prendre forme.
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La Bête du lac – Le gardien
Scénario de François Lapierre
Dessin de Patrick Boutin-Gagné
Couleur de François Lapierre et Annie Richard
Glénat Québec
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Boni – Le bout de la carotte

Voici une nouveauté et nouveauté il y a! Boni nous vient de Gatineau, album édité par une nouvelle maison, Premières lignes.

Il se présente comme une magnifique surprise. Belle couverture, belle quatrième de couverture qui lui fait pendant, et qui fait rire.

Chaque planche contient quatre « strips », regroupées sous un thème. Le premier : une fille appelée Brigitte. Le meilleur ami de notre petit lapin n’en voit pas clair, c’est le cas de le dire.

Au fil des pages et des aventures, Boni fait du ski nautique, du camping sauvage; sort le dimanche en famille; déclare son amour à un grand-père grognon; se persuade qu’il y a des monstres sous son lit; s’en prend à ses six frères et sœurs très futés; essaie de parler de sexe avec son père; a de multiples problèmes avec la grosse brute de Bruno.

Mais attention, Boni n’est pas toujours la victime. Il lui arrive d’être égoïste, irascible, odieux, gourmand, rusé, et de donner des conseils pas toujours judicieux.

Le trait simple, à la fois design et caricatural a quelque chose de jouissif. Les surfaces sont traitées en aplat. L’éclat des couleurs accroche l’œil, le retient. On aime la sobriété des « décors », quand il y en a, évoqués par un objet plutôt que déployés.
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Boni – Le bout de la carotte
Scénario et dessin d’Ian Fortin
Premières lignes
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Sept clones – Sept « hommes » doivent tuer le président de l’humanité

Après 7 Survivants et 7 personnages, dont j’ai parlé dans ma chronique du 3 novembre, la deuxième saison de 7 se poursuit avec 7 clones. Cette BD transporte le lecteur dans un monde futuriste, où ce qui est semble ne pas être et inversement.

2093, c’est loin, direz-vous. Personne d’entre nous n’y sera, ou si peu d’entre nous.

Nous sommes à la veille de l’élection du premier président de la Fédération interplanétaire solaire humaine. Toute la vie est scandée par les grandes marques : Coca-Cola, BMW, Prozac, Volkswagen, etc. Dans ce monde, pas si loin du nôtre, la publicité prend le pas sur la vie.

Un homme rêve à six enfants sans visage. Rêve récurrent. Il n’est pas seul. Six autres hommes font le même rêve. Ils se demandent s’ils ne sont pas fous.

En parallèle, un homme est élu président avec un taux de participation de plus de 98 %. Ainsi, les êtres humains se sont montrés dignes de rejoindre les « frères des étoiles ». Mais les sept hommes qui font le même rêve sont, en réalité, des tueurs programmés pour liquider le nouveau président et « sauver l’humanité du joug à venir ». Réussiront-ils leur mission?

Lire cette BD fournit une expérience sensorielle qui désarçonne. D’une part, le dessin réaliste de Stéphane de Caneva, par ses projections futuristes, amène le lecteur dans un ailleurs aussi déstabilisant qu’envoûtant.

D’autre part, la construction de certaines planches plonge l’esprit du lecteur dans une sorte de désordre qui confine à la folie des héros. On tourne en rond. On cherche la case suivante et même, parfois, le phylactère suivant. La lecture de certaines planches se fait à la verticale. Le rapport entre le réel et l’irréel est quelque peu brouillé, ce qui brouille la lecture. Sans compter que reconnaître les sept hommes-clones ne va pas de soi, et ce, malgré le code-couleur employé pour aider à les différencier.

Il reste qu’aussi ardue soit-elle, la lecture de cette BD vaut l’effort qu’on y consent. De Caneva utilise toutes les ressources de sa palette pour nous transporter du réel à l’irréel, aller-retour.
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Sept clones – sept « hommes » doivent tuer le président de l’humanité
Scénario de Louis
Dessin de Stéphane de Caneva
Couleurs de V. Daviet
Guy Delcourt Productions
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Le démon du hockey

Enfin, et non le moindre, l’album qui regroupe les six gagnants de la quatrième édition du concours de bande dessinée Glénat Québec.

Six histoires qui nous parlent de notre sport national, des joies qu’il procure, des excès qu’on fait pour lui et des victoires qu’on remporte sur lui, des dangers qu’on est prêt à courir pour y jouer, des dangers auxquels les jeunes joueurs sont exposés et de notre sport national comme allégorie.

Mathieu Lampron présente le hockey comme un sport familial, une activité qu’il ne faudrait pas troubler. Son dessin très schématisé est somptueux avec ses teintes de bleu vert et de mauve. La couverture de l’album est due à son pinceau.

Claude Auchu célèbre une victoire remportée par son père après qu’il se fut enfoncé pendant plus de trente ans. Le bédéiste pratique un dessin minimaliste caractéristique, sans être caricatural. Pas de couleur, sauf le rouge et des aplats gris.

Richard Suicide et Denis Lord ont concocté une BD dont on ne sait pas très bien de quoi elle parle. Ici, le dessin est débridé comme les couleurs sont criardes.

Hicham Absa, par contre, sait très bien de quoi traite sa BD : un rendez-vous manqué, semaine après semaine. Pour illustrer son propos, il propose une ligne aussi raffinée que précise. La palette sombre de sa coloriste sert bien son histoire.

Le héros de Luc Bossé et Zviane voudrait bien échapper au rendez-vous avec son entraîneur. Le dessin schématisé de Zviane va à l’essentiel. Chez elle aussi, la palette sombre sert le propos.

Enfin, le héros de Philippe Girard a aussi un rendez-vous, professionnel celui-là, auquel il voudrait échapper. Mais il se retrouve devant le filet de l’équipe adverse. Son dessin, lui aussi, est schématique et la palette de sa coloriste joue tantôt sur le noir et blanc pour traduire la réalité et sur la couleur pour l’imaginaire du héros.
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Le démon du hockey
La Classique hivernale de Mathieu Lampron
Le démon blond de Claude Auchu
Gump Worsley était un plat régional patagonien de Richard Suicide et Denis Lord
Maudite rondelle de Hicham Absa; couleur d’Helene Alonso y Cabanelas
Devenir grand de Luc Bossé et Zviane
Le joueur étoile de Philippe Girard; couleur de Linda Lemelin
Glénat Québec
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2 réponses à BD : que du plaisir!

  1. florence meney dit :

    Beaux articles! Flo

  2. Jean-Claude Blouin dit :

    Que du plaisir!

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